« 123456 », « azerty », le prénom d'un enfant suivi d'une année : les mots de passe les plus utilisés sont aussi les premiers essayés par les pirates. Pourtant, bien protéger ses comptes n'a rien de sorcier : il faut comprendre pourquoi un mot de passe résiste ou non, adopter quelques réflexes et confier la mémoire à un outil. Ce guide explique, chiffres à l'appui, ce qui fait la solidité d'un mot de passe, ce que recommandent la CNIL et le NIST, et comment s'organiser au quotidien.
Vous pouvez suivre les exemples avec le générateur de mots de passe d'Outilia, qui fonctionne entièrement dans votre navigateur : rien n'est envoyé ni enregistré.
L'entropie : mesurer la solidité en bits
On mesure la solidité d'un mot de passe par son entropie, en bits : c'est le logarithme en base 2 du nombre de mots de passe possibles. Chaque bit supplémentaire double le travail de l'attaquant.
L'alphabet est l'ensemble des caractères possibles : 26 pour des minuscules, 62 avec majuscules et chiffres, environ 80 avec quelques symboles. Cette formule suppose un tirage aléatoire de chaque caractère : un mot de passe composé par un humain est bien moins solide que sa longueur ne le laisse croire.
| Mot de passe | Entropie | Temps moyen |
|---|---|---|
| 8 minuscules | 37,6 bits | environ 10 secondes |
| 8 caractères, quatre familles | 50,6 bits | environ 1 jour |
| 12 caractères (majuscules, minuscules, chiffres) | 71,5 bits | environ 5 000 ans |
| 14 caractères, quatre familles | 88,5 bits | environ 700 millions d'années |
| 20 caractères (majuscules, minuscules, chiffres) | 119,1 bits | au-delà de toute attaque réaliste |
Retenez la leçon : la longueur l'emporte sur la complexité apparente. Passer de 8 à 12 caractères a bien plus d'effet que d'ajouter un symbole. Mais ces durées ne valent que pour un mot de passe vraiment aléatoire et jamais réutilisé.
Ce que recommandent la CNIL et le NIST
Les règles ont évolué : les anciennes consignes (changer tous les trois mois, imposer un chiffre et un symbole) ont montré leurs limites, car elles poussent à choisir des variantes prévisibles.
- La CNIL raisonne en entropie et fixe un minimum de 80 bits pour un mot de passe sans mesure complémentaire. Elle en donne trois équivalents : au moins 12 caractères avec majuscules, minuscules, chiffres et caractères spéciaux (parmi au moins 37 possibles), ou au moins 14 caractères avec majuscules, minuscules et chiffres, ou une phrase de passe d'au moins 7 mots. Elle a abandonné le renouvellement obligatoire pour les comptes ordinaires.
- Le NIST (SP 800-63B-4), pour les services en ligne, exige au moins 15 caractères pour un mot de passe seul, interdit d'imposer des règles de composition, interdit le renouvellement périodique et demande d'accepter au moins 64 caractères ainsi que de refuser les mots de passe connus ou compromis.
- L'ANSSI complète ces recommandations par un guide sur l'authentification multifacteur, qui est la protection la plus efficace après un bon mot de passe.
Ces règles s'adressent d'abord aux organismes qui gèrent des comptes. Côté utilisateur, elles confirment une chose simple : un mot de passe long, aléatoire et unique par service, avec une double authentification quand elle existe.
Les trois stratégies qui fonctionnent
- Le gestionnaire de mots de passe. Un coffre chiffré protégé par un mot de passe maître robuste génère et retient des mots de passe aléatoires et uniques pour chaque site. Vous ne mémorisez que le mot de passe maître. C'est la solution la plus sûre et la plus confortable : le coffre remplit les champs à votre place, et ne remplit pas ceux d'un faux site, ce qui vous protège aussi de l'hameçonnage.
- La phrase de passe. Pour ce que vous devez retenir (mot de passe maître, ordinateur, messagerie), choisissez plusieurs mots tirés au hasard : sept mots suffisent à atteindre le seuil de 80 bits de la CNIL avec une liste d'environ 7 800 mots. Elle se retient mieux qu'une suite de symboles. Attention : les mots doivent être choisis par tirage au sort, pas parce qu'ils « vont bien ensemble », et jamais tirés d'une citation ou d'un titre.
- Le mot de passe généré, saisi à la main. Pour une box, un téléviseur ou un appareil sans clavier pratique, générez un mot de passe de 16 caractères en excluant les caractères ambigus (I, l, 1, O, 0), puis notez-le dans un endroit sûr.
Dans tous les cas, un mot de passe par service. Si vous reprenez le même mot de passe avec une petite variation (« MonMdp-Amazon », « MonMdp-Netflix »), un attaquant qui en connaît un devine les autres.
Aller plus loin : double authentification, fuites et bonnes habitudes
- Activez la double authentification (ou authentification multifacteur) sur votre messagerie, votre banque, vos réseaux sociaux et vos achats. Un mot de passe volé ne suffit alors plus. Les applications d'authentification et les clés de sécurité sont plus robustes que les codes envoyés par SMS ; les passkeys (clés d'accès) remplacent le mot de passe par une authentification de l'appareil, et résistent à l'hameçonnage.
- Protégez d'abord votre adresse e-mail principale. Elle sert à réinitialiser tous vos autres mots de passe : celui qui la contrôle contrôle tout.
- Vérifiez les fuites. Le service Pwned Passwords de Have I Been Pwned permet de savoir si un mot de passe figure dans des fuites connues, sans le transmettre en clair. S'il y figure, ne l'utilisez plus.
- Ne changez de mot de passe que si nécessaire : alerte de fuite, suspicion de compromission, partage avec quelqu'un. Un renouvellement systématique pousse à choisir des mots de passe plus faibles.
- Méfiez-vous des faux sites et des demandes inattendues. Vérifiez l'adresse avant de saisir votre mot de passe, et ne le donnez jamais par téléphone ou message, même à un « conseiller ».
- Si un site vous demande un « mot de passe » à la création de compte, celui-ci doit être stocké de façon sûre (hachage lent avec sel, comme Argon2id ou bcrypt). Un site qui vous envoie votre mot de passe en clair par e-mail le stocke mal : évitez de le réutiliser ailleurs. Les fonctions de hachage rapides, comme celles du générateur de hash, ne conviennent pas pour cet usage.
En cinq minutes : installez un gestionnaire de mots de passe, générez un mot de passe unique pour votre messagerie et votre banque, activez la double authentification sur ces deux comptes, et changez tout mot de passe que vous utilisez à plusieurs endroits.
Questions fréquentes
Quelle longueur de mot de passe choisir en 2026 ?
Au moins 14 à 16 caractères aléatoires pour un mot de passe généré par un outil, ou une phrase de passe de sept mots tirés au hasard. Le NIST demande 15 caractères au minimum pour un mot de passe utilisé seul, et la CNIL un minimum de 80 bits d'entropie.
Les symboles et les majuscules sont-ils indispensables ?
Pas si le mot de passe est assez long : le NIST déconseille les règles de composition obligatoires. Les symboles agrandissent l'alphabet, donc l'entropie, mais un caractère de plus apporte davantage qu'un symbole de plus. Ils restent utiles quand un site exige une longueur limitée.
Un gestionnaire de mots de passe est-il sûr ?
Oui, s'il est protégé par un mot de passe maître solide et la double authentification : le coffre est chiffré, et il vaut mieux qu'un cahier ou des mots de passe réutilisés. Choisissez un logiciel reconnu et maintenu, et conservez une sauvegarde de récupération.
Dois-je changer mes mots de passe régulièrement ?
Non, pas systématiquement. La CNIL a abandonné le renouvellement obligatoire pour les comptes ordinaires, et le NIST l'interdit en l'absence de preuve de compromission. Changez-les en cas de fuite, de suspicion ou de partage.
Le générateur d'Outilia enregistre-t-il mes mots de passe ?
Non. Les mots de passe sont générés dans votre navigateur avec le générateur aléatoire cryptographique, puis affichés : ils ne sont ni envoyés ni stockés, et disparaissent à la fermeture de la page.
Sources et références
- CNIL — Mots de passe : recommandations pour maîtriser sa sécurité (2022)
- CNIL — Les conseils de la CNIL pour un bon mot de passe
- ANSSI — Recommandations relatives à l'authentification multifacteur et aux mots de passe
- NIST — SP 800-63B-4 : exigences d'authentification
- Have I Been Pwned — Pwned Passwords
- OWASP — Password Storage Cheat Sheet
Comment on attaque un mot de passe
Les pirates ne devinent pas à la main : ils automatisent. Trois méthodes dominent.
Enfin, beaucoup de compromissions n'ont rien de technique : hameçonnage (un faux site qui vous demande de vous connecter), mot de passe noté sur un papier visible, ou communiqué par téléphone à un faux conseiller.