Sécurité

Créer un mot de passe solide : entropie, phrases de passe et gestionnaires

Longueur, entropie, phrases de passe, gestionnaire et double authentification : comment fabriquer des mots de passe réellement solides, et pourquoi.

6 min de lecture Mis à jour le 10 octobre 2026 Rédaction : équipe Outilia

« 123456 », « azerty », le prénom d'un enfant suivi d'une année : les mots de passe les plus utilisés sont aussi les premiers essayés par les pirates. Pourtant, bien protéger ses comptes n'a rien de sorcier : il faut comprendre pourquoi un mot de passe résiste ou non, adopter quelques réflexes et confier la mémoire à un outil. Ce guide explique, chiffres à l'appui, ce qui fait la solidité d'un mot de passe, ce que recommandent la CNIL et le NIST, et comment s'organiser au quotidien.

Vous pouvez suivre les exemples avec le générateur de mots de passe d'Outilia, qui fonctionne entièrement dans votre navigateur : rien n'est envoyé ni enregistré.

Comment on attaque un mot de passe

Les pirates ne devinent pas à la main : ils automatisent. Trois méthodes dominent.

  • La force brute teste toutes les combinaisons de caractères, de la plus courte à la plus longue. Elle est impitoyable contre les mots de passe courts : huit minuscules (268, soit environ 209 milliards de possibilités) tombent en quelques secondes sur du matériel adapté.
  • L'attaque par dictionnaire teste d'abord les mots courants, les prénoms, les dates, les mots de passe déjà fuités, et leurs variantes habituelles (« Soleil2024! », « k4ng0urou »). Un mot de passe qui « ressemble » à un mot, même avec un chiffre et un symbole, y cède vite.
  • Le « credential stuffing » consiste à essayer, sur de nombreux sites, les identifiants volés sur un seul. Si vous utilisez le même mot de passe partout, une fuite sur un petit forum donne accès à votre messagerie ou à votre banque.

Enfin, beaucoup de compromissions n'ont rien de technique : hameçonnage (un faux site qui vous demande de vous connecter), mot de passe noté sur un papier visible, ou communiqué par téléphone à un faux conseiller.

L'entropie : mesurer la solidité en bits

On mesure la solidité d'un mot de passe par son entropie, en bits : c'est le logarithme en base 2 du nombre de mots de passe possibles. Chaque bit supplémentaire double le travail de l'attaquant.

entropie = longueur × log₂(taille de l'alphabet)

L'alphabet est l'ensemble des caractères possibles : 26 pour des minuscules, 62 avec majuscules et chiffres, environ 80 avec quelques symboles. Cette formule suppose un tirage aléatoire de chaque caractère : un mot de passe composé par un humain est bien moins solide que sa longueur ne le laisse croire.

Entropie de mots de passe aléatoires et durée moyenne de recherche (10 milliards d'essais par seconde)
Mot de passeEntropieTemps moyen
8 minuscules37,6 bitsenviron 10 secondes
8 caractères, quatre familles50,6 bitsenviron 1 jour
12 caractères (majuscules, minuscules, chiffres)71,5 bitsenviron 5 000 ans
14 caractères, quatre familles88,5 bitsenviron 700 millions d'années
20 caractères (majuscules, minuscules, chiffres)119,1 bitsau-delà de toute attaque réaliste

Retenez la leçon : la longueur l'emporte sur la complexité apparente. Passer de 8 à 12 caractères a bien plus d'effet que d'ajouter un symbole. Mais ces durées ne valent que pour un mot de passe vraiment aléatoire et jamais réutilisé.

Ce que recommandent la CNIL et le NIST

Les règles ont évolué : les anciennes consignes (changer tous les trois mois, imposer un chiffre et un symbole) ont montré leurs limites, car elles poussent à choisir des variantes prévisibles.

  • La CNIL raisonne en entropie et fixe un minimum de 80 bits pour un mot de passe sans mesure complémentaire. Elle en donne trois équivalents : au moins 12 caractères avec majuscules, minuscules, chiffres et caractères spéciaux (parmi au moins 37 possibles), ou au moins 14 caractères avec majuscules, minuscules et chiffres, ou une phrase de passe d'au moins 7 mots. Elle a abandonné le renouvellement obligatoire pour les comptes ordinaires.
  • Le NIST (SP 800-63B-4), pour les services en ligne, exige au moins 15 caractères pour un mot de passe seul, interdit d'imposer des règles de composition, interdit le renouvellement périodique et demande d'accepter au moins 64 caractères ainsi que de refuser les mots de passe connus ou compromis.
  • L'ANSSI complète ces recommandations par un guide sur l'authentification multifacteur, qui est la protection la plus efficace après un bon mot de passe.

Ces règles s'adressent d'abord aux organismes qui gèrent des comptes. Côté utilisateur, elles confirment une chose simple : un mot de passe long, aléatoire et unique par service, avec une double authentification quand elle existe.

Les trois stratégies qui fonctionnent

  1. Le gestionnaire de mots de passe. Un coffre chiffré protégé par un mot de passe maître robuste génère et retient des mots de passe aléatoires et uniques pour chaque site. Vous ne mémorisez que le mot de passe maître. C'est la solution la plus sûre et la plus confortable : le coffre remplit les champs à votre place, et ne remplit pas ceux d'un faux site, ce qui vous protège aussi de l'hameçonnage.
  2. La phrase de passe. Pour ce que vous devez retenir (mot de passe maître, ordinateur, messagerie), choisissez plusieurs mots tirés au hasard : sept mots suffisent à atteindre le seuil de 80 bits de la CNIL avec une liste d'environ 7 800 mots. Elle se retient mieux qu'une suite de symboles. Attention : les mots doivent être choisis par tirage au sort, pas parce qu'ils « vont bien ensemble », et jamais tirés d'une citation ou d'un titre.
  3. Le mot de passe généré, saisi à la main. Pour une box, un téléviseur ou un appareil sans clavier pratique, générez un mot de passe de 16 caractères en excluant les caractères ambigus (I, l, 1, O, 0), puis notez-le dans un endroit sûr.

Dans tous les cas, un mot de passe par service. Si vous reprenez le même mot de passe avec une petite variation (« MonMdp-Amazon », « MonMdp-Netflix »), un attaquant qui en connaît un devine les autres.

Aller plus loin : double authentification, fuites et bonnes habitudes

  • Activez la double authentification (ou authentification multifacteur) sur votre messagerie, votre banque, vos réseaux sociaux et vos achats. Un mot de passe volé ne suffit alors plus. Les applications d'authentification et les clés de sécurité sont plus robustes que les codes envoyés par SMS ; les passkeys (clés d'accès) remplacent le mot de passe par une authentification de l'appareil, et résistent à l'hameçonnage.
  • Protégez d'abord votre adresse e-mail principale. Elle sert à réinitialiser tous vos autres mots de passe : celui qui la contrôle contrôle tout.
  • Vérifiez les fuites. Le service Pwned Passwords de Have I Been Pwned permet de savoir si un mot de passe figure dans des fuites connues, sans le transmettre en clair. S'il y figure, ne l'utilisez plus.
  • Ne changez de mot de passe que si nécessaire : alerte de fuite, suspicion de compromission, partage avec quelqu'un. Un renouvellement systématique pousse à choisir des mots de passe plus faibles.
  • Méfiez-vous des faux sites et des demandes inattendues. Vérifiez l'adresse avant de saisir votre mot de passe, et ne le donnez jamais par téléphone ou message, même à un « conseiller ».
  • Si un site vous demande un « mot de passe » à la création de compte, celui-ci doit être stocké de façon sûre (hachage lent avec sel, comme Argon2id ou bcrypt). Un site qui vous envoie votre mot de passe en clair par e-mail le stocke mal : évitez de le réutiliser ailleurs. Les fonctions de hachage rapides, comme celles du générateur de hash, ne conviennent pas pour cet usage.

En cinq minutes : installez un gestionnaire de mots de passe, générez un mot de passe unique pour votre messagerie et votre banque, activez la double authentification sur ces deux comptes, et changez tout mot de passe que vous utilisez à plusieurs endroits.

Questions fréquentes

Quelle longueur de mot de passe choisir en 2026 ?

Au moins 14 à 16 caractères aléatoires pour un mot de passe généré par un outil, ou une phrase de passe de sept mots tirés au hasard. Le NIST demande 15 caractères au minimum pour un mot de passe utilisé seul, et la CNIL un minimum de 80 bits d'entropie.

Les symboles et les majuscules sont-ils indispensables ?

Pas si le mot de passe est assez long : le NIST déconseille les règles de composition obligatoires. Les symboles agrandissent l'alphabet, donc l'entropie, mais un caractère de plus apporte davantage qu'un symbole de plus. Ils restent utiles quand un site exige une longueur limitée.

Un gestionnaire de mots de passe est-il sûr ?

Oui, s'il est protégé par un mot de passe maître solide et la double authentification : le coffre est chiffré, et il vaut mieux qu'un cahier ou des mots de passe réutilisés. Choisissez un logiciel reconnu et maintenu, et conservez une sauvegarde de récupération.

Dois-je changer mes mots de passe régulièrement ?

Non, pas systématiquement. La CNIL a abandonné le renouvellement obligatoire pour les comptes ordinaires, et le NIST l'interdit en l'absence de preuve de compromission. Changez-les en cas de fuite, de suspicion ou de partage.

Le générateur d'Outilia enregistre-t-il mes mots de passe ?

Non. Les mots de passe sont générés dans votre navigateur avec le générateur aléatoire cryptographique, puis affichés : ils ne sont ni envoyés ni stockés, et disparaissent à la fermeture de la page.

Les outils pour passer à la pratique

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